Conférence de Bruno Maisonnier
Compte-rendu de la conférence de Bruno Maisonnier le 28 janvier 2026, dans le cadre du cycle « Les anciens témoignent » de la Fondation du Lycée du Parc.
« Bruno Maisonnier : poly-artisan, serial entrepreneur, mû par une vision bio-inspirée de la robotique et de l’Intelligence artificielle »
Conférence passionnante de Bruno Maisonnier (élève du Parc de 1976 à 1978, Polytechnique puis Telecom Paris) le 28 janvier au lycée du Parc sur sa dernière création « AnotherBrain » ou « organic IA, pour une IA bio-inspirée »
Dans les faits, pendant 1 h 30, questions comprises, Bruno :
– est revenu tout d’abord sur sa scolarité, primaire et secondaire, son éducation supérieure (prépa au Parc puis Polytechnique, puis Telecom Paris) ;
– pour aborder ensuite sa carrière, en SSII, puis dans la banque, avant de se « jeter » à l’eau en créant sa 1re entreprise en 2005, à 45 ans !
– avant de la revendre 10 ans plus tard, pour, avec le produit de la vente, s’engager résolument dans de très nombreuses aventures entrepreneuriales (dans ce qu’on appelle la « deeptech »), comme cocréateur et/ou financeur ;
– puis très rapidement, et en parallèle, pour se lancer dans son nouveau bébé, AnotherBrain, ou comment créer une IA qui ressemble plus au fonctionnement du cortex du cerveau humain, le cœur de notre intelligence.
De sa scolarité, il expliqua qu’elle fut catastrophique, avec dernières places et 2 redoublements, jusqu’à ce que la découverte d’Iron Man dans un « comics », lui fasse découvrir l’électronique de puissance et la robotique, à 13 ans, et transforme le cancre en 1er de la classe, jusqu’à rentrer à l’X, motivé par l’ambition de devenir « l’IBM de la robotique » (l’IBM flamboyant du début des années 80). Ce qui l’amène à faire Telecom Paris en école d’application, pour faire de l’électronique.
De ses 20 premières années de carrière, il expliqua qu’elles furent pensées (« stratégisées ») pour lui permettre de découvrir tous les métiers dans l’entreprise, et de découvrir d’autres langues et cultures (au Portugal, au Brésil, en Pologne).
Puis, quand il se sentit prêt, il lança Aldebaran Robotics, qui, face à Microsoft, Sony, Google et d’autres géants, est devenue une société employant jusqu’à sept cents personnes, leader mondial de la robotique humanoïde. Qui ne se souvient pas du robot Nao puis de Pepper ?
Aldebaran Robotics qu’il vendit en 2015 à Softbank, pour se lancer dans de nouvelles aventures entrepreneuriales comme investisseur, mais aussi entrepreneur, lui-même. L’occasion de louer les qualités des entrepreneurs/entrepreneuses avec qui il a travaillé : Barbara Belvisi et son Interstellar Lab (qui a aujourd’hui comme clients la NASA, SpaceX, l’Arabie saoudite), Michel Bonin et Ganymed Robotics (Robot chirurgical – ou comment faire en sorte qu’un chirurgien en Afrique puisse intervenir dans les mêmes conditions que dans un pays développé), mais aussi The Exploration Company, Orthopus, Eyelights, Pollen.
Quelques anecdotes au passage, dont la plus savoureuse fut celle relative à une négo avec la mafia de la plus grande favela du Brésil pour la vente d’une banque brésilienne. On se serait cru dans Scarface (la scène, à la fin, de carnage en moins…). Savoureuse aussi (au sens propre), la présentation de cette start-up qui a développé une « serre » dans laquelle faire pousser, en France, de la vanille de Tahiti ou du vétiver de Madagascar.
La dernière partie de sa conférence fut consacrée à AnotherBrain qui vise à créer une IA réellement intelligente en s’inspirant vraiment du fonctionnement du cerveau. En effet, le cortex n’est pas du tout un réseau de neurones. Et c’est le cortex qui fait toute l’intelligence. Le cortex, c’est un morceau en deux dimensions de 60 cm de côté et 2 mm d’épaisseur.
Dans le cortex, l’intelligence fonctionne comme un système multiagent (concept développé et théorisé par l’INRIA, cocorico). Un peu comme une ruche d’abeilles, où les capacités cognitives d’une ruche sont supérieures à celles de chaque abeille individuellement. « Le cortex n’est qu’une grosse mémoire de séquences de pattern. Le cerveau ne calcule pas. »
Il n’en dira pas beaucoup plus pour ne pas dévoiler des secrets industriels, mais se dira optimiste et plus très loin de la livraison d’un démonstrateur, qui déclenchera une nouvelle levée de fonds.
Arrivé au stade des questions réponses, il fut interrogé sur :
– les technologies du futur (les nouveaux matériaux, l’ingénierie génétique, le spatial industriel, et bien sûr la robotique) ;
– la place de l’IA et de la robotique dans l’éducation ;
– l’impact de l’IA sur l’environnement (émission de GES mais aussi consommation d’eau) ;
– les risques de l’IA pour l’humanité et la définition même de l’humain.
Verbatim
« J’ai toujours eu la passion de comment fonctionnent les choses. »
« Quand on trouve la motivation, on est capable de faire des choses incroyables. »
« J’ai passé ma vie à apprendre. Ne pas savoir quelque chose n’est pas grave, ce qui est important, c’est avoir envie et prendre du plaisir à apprendre. »
« Le monde change de plus en plus vite. Ce qu’il vous faut apprendre, c’est à avoir envie d’apprendre. »
« C’est normal d’avoir la trouille de créer sa boite. Mais plus on attend, plus il y a d’enjeux. »
« Ma conviction, c’est que le seul but du vivant, c’est de transmettre ses gènes, mais l’être humain, lui, doté de la conscience d’exister, peut/doit choisir ce qu’il a envie d’être et de faire de son existence. »
La conférence vue par les jeunes élèves dans l’auditoire
Lors de cette conférence au Lycée du Parc, Bruno Maisonnier a expliqué que les technologies ont le plus d’impact quand elles rendent un savoir accessible au plus grand nombre. Pour lui, le prochain cap, c’est de « transmettre » des gestes compliqués (comme en chirurgie), un peu comme l’ordinateur a rendu le savoir plus facile à partager.
Il a donné plusieurs exemples, surtout autour de la santé et de l’industrie. L’idée la plus forte, c’est de créer des robots capables de reproduire les gestes des meilleurs chirurgiens, pour que des soignants, même loin des grands hôpitaux, puissent faire des opérations de bonne qualité. Il a aussi parlé d’innovations concrètes (ex : casque à affichage tête haute) et de solutions industrielles comme l’impression 3D pensée pour fabriquer des pièces à la demande.
Il a insisté sur l’importance d’apprendre toute sa vie. Il a raconté son parcours (difficultés à l’école au début, puis déclic avec la curiosité et le côté « comment ça marche ») et il a dit que la motivation change tout. Même idée pour l’entrepreneuriat : le plus dur, c’est de se lancer, mais après, on apprend très vite parce qu’on est obligé.
Enfin, sur l’IA et la robotique, il a expliqué que les IA « classiques » ont des limites parce qu’elles demandent énormément de données, alors que dans la vraie vie, on ne les a pas toujours. Il défend donc une approche inspirée du cerveau, qui apprend avec peu d’exemples. Il a conclu en encourageant à choisir un domaine qui donne envie, viser haut, et oser se lancer.
Rédigé par les élèves (lycéens volontaires de l’Internat d’Excellence) ambassadeurs de la Fondation



